Clown : l'espace de jeu par Frédéric-Emmanuel Segelstein
Publié le 14 Décembre 2011
extrait de l'"Essai de clownistique" de Frédéric-Emmanuel Segelstein
Un peu comme des enfants dont le gabarit trop imposant rendrait impossible une tacite autorité normative. Attention à nos vases chinois, à nos chaises anciennes, à nos plantes… La liste serait trop longue. Vous comprenez, le mieux serait une scène ou bien une piste. Mais ce n’est pas toujours possible, tout le monde n’a pas ça chez soi. Et nous sommes parfois assaillis d’envies pressantes.
Pour le sol, si vous avez le choix, pensez que les clowns font des chutes : un plancher, des tatamis, de la sciure en épaisseur amortissent mieux. Les moquettes en synthétique brûlent la peau, le béton, le carrelage et les rochers cassent les os.
Les clowns aiment, pour la plupart, les grands espaces lumineux, une piste par exemple, mais ils peuvent aussi jouer sur une chaise ou un mouchoir… L’espace de jeu par définition est sacré, nous dit Roger Caillois daOn peut fabriquer un espace de jeu où on veut; il suffira de définir avec précision l’étendue de l’aire de jeu. Et il est souhaitable que ces limites spatiales soient très clairement perceptibles par les spectateurs. Il est nécessaire de libérer cet espace de tous les objets n’étant pas destinés au jeu, y compris les affiches et/ou tableaux aux murs.
permettre l’apparition et disparition du (ou des) clown(s). Si ce n’est pas possible l’acteur tournera le dos aux spectateurs pour chausser et déchausser son nez rouge. Rien ne remplacera la coulisse ; le clown se privant de cet espace « hors scène » se prive de ns son essai « les jeux et les hommes ». Dans le sens où c’est un espace qui sert à la réunion des humains, qui y viennent de manière ponctuelle pour y voir des choses extraordinaires.
« désacralisé », le jeu devient impossible.
Pour l’avoir éprouvé maintes fois, les envahisseurs tuent le jeu en pénétrant dans l’espace sans y être conviés. Si l’acteur « fait bien son travail » le spectateur a envie d’être à sa place. Mais si l’acteur « ne fait pas son travail » le spectateur a envie de s’en aller, ou bien de prendre sa place !
Le respect de l’espace de jeu n’est pas acquis pour tous. Regardez les enfants, s’ils sont seuls, sans personne pour les surveiller, rapidement ils nient la sacralisation de l’espace et du jeu. Et j’ai constaté ce même comportement chez les gens ivres. Ils pénètrent dans l’espace de jeu et le plus souvent tentent d’arracher le nez rouge du clown, comme les mômes. Ce qui tue le jeu, bien entendu. Lorsque je joue pour des marmots, désormais j’engage une institutrice, un flic, ou un Monsieur Loyal.
Pour une définition exhaustive de l’espace
Voici une définition de l’espace qui s’appelle « le drapeau ». Elle vient de la danse et m’a été enseignée par Yves Marc. Elle a l’avantage d’être exhaustive et connue d’un grand nombre d’acteurs. Cette définition de l’espace s’appuie sur une base rectangulaire ; dans les autres cas il appartiendra à la mise en scène d’adapter les données, en fonction du type d’espace dans lequel les joueurs évoluent (parfois non géométrique).
En peu de mots, l’espace est découpé en trois plans principaux : horizontal, vertical, sagittal.
(Ajoutez une chaise et l’espace s’accroît en hauteur sans changer de nombre).
L’espace est infini, et pour une définition exhaustive, nous opérons une mise en abyme de chacun des trois plans. En considérant que chaque « drapeau » dessiné est lui-même constitué de quatre drapeaux, eux-mêmes constitués de quatre drapeaux chacun, et ainsi de suite.
Le savoir apporte une meilleure conscience de l’espace, mais ne remplacera pas la perception sensible de l’acteur.
Nous prendrons les nez rouges pour points de repères se déplaçant dans l’espace défini.
Il est courant de voir ajouté à cette définition de base l’espace circulaire. L’axe est alors situé au centre du plateau et le rayon est légèrement inférieur au rayon maximum envisageable pour un cercle complet. Sur la piste aussi existent trois « hauteurs », et trois cercles concentriques, le plus petit au centre, l’intermédiaire et la périphérie.
Enfin, l’espace a une incidence hiérarchique indéniable. Aux sommets, les gouvernants se placent haut pour voir et être vu, et vivent dans de grands espaces… Le sacré loge dans les nues.
La maison
C’est ce que j’appelle « structurer » l’espace, ce qui est différent du fait de « définir » l’espace.
Structurer l’espace présente l’avantage de clarifier le voyage spatial, mais aussi de varier les espaces de jeu à l’intérieur de l’espace défini.